
Dans un monde en pleine mutation culturelle – de la propagande politique aux tensions raciales, en passant par l'identité de genre et les inégalités –, il est tentant de questionner l'actualité. Si de nombreuses industries évoluent rapidement, la musique, la mode, l'art et le divertissement restent des refuges hypnotiques, nous distrayant des tumultes ambiants.
En 2016, de nouveaux artistes ont émergé grâce à la célébrité internet, des parrainages de maisons de couture ou des features médiatiques. Leur succès réel doit souvent beaucoup à leur présence en ligne.
Les genres musicaux mutent à vive allure : sons, techniques, logiciels et visuels changent, certains disparaissant à jamais. Le rap et le hip-hop, nés il y a une quarantaine d'années, évoluent de manière rassurante. Pourtant, face à l'engouement pour certains nouveaux talents, on peut s'interroger sur la perte d'intelligence lyrique, visible sans être expert.
À l'ère d'internet, une recherche approfondie révèle des pépites. F.Virtue (William Kowall de son vrai nom) en est un exemple parfait. Ce MC défie le statu quo avec son "emo rap", faisant des vagues en solo.

En sortant de l'ascenseur, j'ai repéré la porte ornée d'un autocollant "F.Virtue". Un Will matinal en sweat Vetements gris hors de prix m'a accueilli. Son mari Tulio m'a offert à boire. L'appartement évoque une chambre d'enfant des années 90 : figurines Bart Simpson, Barbie customisée Louis Vuitton par son ami Dick Van Dick. Des vinyles classiques (J57, Atmosphere, Quasimoto, DJ JS-1, Greenhouse Effect) et des livres de poésie, dont son préféré The Selected Poetry of Yehuda Amichai, s'y entassent.

La musique, comme la littérature, nourrit l'esprit et apporte la paix. Pas étonnant d'y trouver tant de livres.
Grâce aux avancées technologiques audio, F.Virtue expérimente sons, genres et éléments pour réinventer le hip-hop traditionnel. Ses paroles, narratives et poétiques, transforment le tout en art riche. Il maîtrise l'anglais pour une expression unique, ouvrant la voie à une nouvelle ère musicale introspective.
Dans son classique "Anita Bryant", il évoque son homosexualité dans un hip-hop souvent homophobe.


F.Virtue déconstruit les normes du hip-hop, hétéro ou gay. La musique transcende âge, sexe, classe, race, religion et orientation. Je défie quiconque d'ignorer des œuvres alignées sur son identité culturelle. Une vision monoculturelle nuit psychologiquement, surtout aux jeunes.
Rencontre avec F.Virtue : voici mes découvertes.
Comment était la scène musicale canadienne ? Quel est votre meilleur souvenir artistique ?
Incroyable ! Les artistes canadiens créent des sons et sous-genres uniques. Grimes, Drake, Crystal Castles, Arcade Fire, The Weeknd, Classified, Broken Social Scene dominent, mais le rap underground (Prairie Rap des années 2000, labels comme Peanuts and Corn, Side Road Records, Camobear) m'a façonné. À 16 ans, j'ai ouvert pour Masta Ace à l'Odeon de Saskatoon. Épique pour un mineur avec licence spéciale !
Comment s'est passée votre transition à New York ? Première impression du downtown ?
Fluides : après Boston et un été chez Fat Beats à DUMBO, j'ai emménagé à Sunset Park avec des amis. Seul dans les clubs gays de Manhattan, j'ai trouvé ma place.

Première implication à NYC quand vous avez su que c'était votre ville ?
Tout ! L'énergie et le rythme m'ont captivé. Nulle part ailleurs je ne trouve la paix.
Quand avez-vous trouvé votre son ? Qu'est-ce qui l'a aidé ?
Dès 12 ans, inspiré par Atmosphere et Aesop Rock. Je parle de mes expériences authentiquement, créant un style unique.
Comment manipulez-vous sons et genres pour du hip-hop ?
J'écoute tout. L'inspiration émotionnelle génère mots et chansons hip-hop par mes racines.
Votre plus grand défi ?
Mes limites en production échantillonnée. Ça ouvre à des collaborations enrichissantes.
Définir le rap emo ?
Rap émotionnel, ancré dans l'expérience humaine, pas forcément triste.
Qu'est-ce qui distingue une prod F.Virtue ?
Authentique, sans filler. Musique pour connecter, émouvoir, pas pour plaire au mainstream.
Importance des paroles de qualité ?
Mon outil principal. Organique : j'écris inspiré seulement. Comme Blueprint : "Les chats ne tombent pas, ils perdent l'inspiration."
La communauté hip-hop rejette la nouvelle vague. Votre avis ?
Le hip-hop unit les minorités. Apprécions la diversité au lieu de diviser. Comme Common : "Si je n'aime pas, tant pis."
Saturation streaming et découverte indés ?
Difficile sans buzz, mais accessible. Si c'est bon, ça perce. Travaillez dur !
"Christopher St. Cypher" pour la fierté et Orlando ?
Combat pour l'égalité via musique. Don à ILGA. Cœur brisé post-tir, maximum que je pouvais faire.
Collaboration PAPER pour "The Things I'd Talk to Harry About". Qui est Harry ?
Mon meilleur ami d'enfance, distant maintenant. Chansons comme des confidences manquées.
Redécouverte du passé ?
Nostalgique, oui. Écrits liés au passé, sans regrets excessifs.
Projet préféré ?
La série PAPER, menant à l'album.
À venir en 2016-2017 ?
Mensuels, vidéos, sortie de l'album en 2017.
Photographie : Kimberly Pertuz
Style : Mateo Palacio
Vêtements : HBA, Whatever 21, Astrid Anderson, Moschino
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