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D.L. Hughley s'attaque à la police, Mark Fuhrman et au profilage racial dans son livre choc

D.L. Hughley s attaque à la police, Mark Fuhrman et au profilage racial dans son livre choc

Reconnu comme l'un des humoristes les plus prolifiques des trois dernières décennies, D.L. Hughley n'hésite jamais à aborder les stéréotypes ethniques, les inégalités économiques, les relations interraciales ou la politique. Aucun sujet n'est tabou. Ses mots, directs et percutants, dépeignent avec fidélité les contradictions sociétales et les souffrances accélérées de notre époque.

De son stand-up légendaire à son émission de radio nationale, The D.L. Hughley Show, en passant par sa prochaine série Netflix The Fix – un hybride de jeu télévisé et de débat sur des enjeux sociétaux –, D.L. Hughley se positionne comme un défenseur intransigeant des droits civiques. Son style, non conventionnel et teinté d'un humour décalé, vise à désarmer son public par le rire pour aborder des messages profonds, comme il l'explique lors de notre entretien.

Son dernier ouvrage, How Not To Get Shot: And Other Advice From White People (en français : Comment ne pas se faire tirer dessus : et autres conseils des Blancs, sortie le 26 juin 2018), ne fait aucune concession. Avec une satire mordante, Hughley critique le profilage racial, les bavures policières, le président Trump et les conseils paternalistes que les Blancs prodiguent souvent aux Noirs pour « s'intégrer » convenablement à la société américaine. Il aborde sans filtre des thèmes brûlants : noms « noirs » vs noms « blancs », codes vestimentaires, interactions avec la police, profilage de quartier, la « carte de la race » et bien d'autres questions raciales explosives. D.L. Hughley s attaque à la police, Mark Fuhrman et au profilage racial dans son livre choc

Ce livre prolonge la plateforme publique controversée de D.L. Hughley, mêlant humour, tristesse et ironie. Il mettra quiconque mal à l'aise, quel que soit son camp.

Allison Kugel : Quelle émotion vous a motivé à écrire Comment ne pas se faire tirer dessus (et autres conseils des Blancs) : peur, amour, espoir, colère... ?

D.L. Hughley : Toutes ces émotions y sont présentes : peur, frustration, colère... En écrivant, j'ai réalisé que la société ne se regardera en face que si on la titille un peu. Mon objectif : être clair sans être banal, satirique pour semer le doute sur mon sérieux, et assez en colère pour refléter la réalité quotidienne. Voir des personnes de couleur tuées par la police n'est pas nouveau – j'ai grandi à Los Angeles. Tout le monde prétend vouloir cette conversation ; ce livre est ma contribution.

Allison Kugel : Vous sentez-vous en sécurité aux États-Unis ?

D.L. Hughley : Les hommes noirs et la sécurité ne riment pas ensemble. « Sûr » n'est pas un mot que les Noirs associent à leur vécu.

Allison Kugel : Que dites-vous à vos enfants quand ils demandent s'ils sont en sécurité ?

D.L. Hughley : Que nous ferons de notre mieux. L'Amérique n'a jamais réagi sérieusement à la mort d'une personne de couleur sans justification du type « s'il n'avait pas fait ça... ». Emmett Till, Trayvon Martin... L'impulsion pour ce livre est venue d'une émission de Megyn Kelly. Elle m'invitait sur la police et le maintien de l'ordre, mais avait Mark Fuhrman – le détective discrédité du procès O.J. Simpson pour parjure – en premier. Lui, qui a fait libérer un meurtrier par ses mensonges, pour parler de « bonne » vs « mauvaise » police ? C'est là que j'ai su que j'écrirais ce livre.

Allison Kugel : Vous évoquez votre passé avec les Bloods à Los Angeles. Quelle leçon en avez-vous tirée ?

D.L. Hughley : J'ai appris l'indépendance et la compassion. Même au sein du gang, je savais que ce n'était pas ma place. Cela m'a rendu empathique envers ceux pour qui c'était naturel. À 18-19 ans, j'ai tenté l'académie de police de L.A. pour changer de vie et échapper à la frustration ambiante.

Allison Kugel : Ce livre prêche-t-il aux convaincus ou touche-t-il un large public ?

D.L. Hughley : Les convaincus le sont déjà, mais le livre s'appuie sur faits et stats. Beaucoup de Blancs expliquent ce qu'ils feraient « s'ils étaient noirs », sans le vivre. J'espère que les expériences positives avec la police ne les aveuglent pas : nos réalités diffèrent. Pas besoin de le vivre pour admettre son existence.

Allison Kugel : La célébrité et l'argent vous protègent-ils du profilage ?

D.L. Hughley : Non, pas le fils de Bill Cosby (Ennis), ni Tupac, ni ce membre d'Earth, Wind & Fire tué par la police de Santa Monica pour un tisonnier. Quand on est noir et anonyme, la célébrité ne compte pas : on voit d'abord la peau.

Allison Kugel : Vous affirmez : « Qui peut dire le mot en N ? Putain de Noirs, et c'est tout. » Pourquoi revendiquer ce mot ?

D.L. Hughley : Je préférerais qu'il n'existe pas, mais il est là. Blâmer les Noirs pour son usage dans le hip-hop est absurde : il date des années 1700, pas 1975. Prétendre qu'on l'arrêterait en le bannissant chez nous est ridicule. Aucun mot n'équivaut au sien dans notre histoire.

Allison Kugel : Le mot en B déshumanise les femmes comme le N les Noirs ?

D.L. Hughley : Pas d'équivalence. Le B avait un sens originel (chienne), réapproprié. Le N a été inventé pour nous déshumaniser uniquement.

Allison Kugel : Vous citez 72 % de naissances chez des mères noires célibataires, et l'incarcération massive liée à la loi de 1994 de Clinton ?

D.L. Hughley : Clinton a répondu aux demandes des leaders noirs pour durcir les peines face à la criminalité (fusils d'assaut interdits pour les gangs). Avec un Congrès républicain, il n'avait pas le choix. Coupables : Clinton, élus, société. Même nos jurés noirs participent parfois.

Allison Kugel : Noms et vêtements « noirs » vs « blancs » : les Noirs doivent-ils plus s'assimiler ? Vos enfants ont des noms caucasiens...

D.L. Hughley : C'était le choix de ma femme. Les stats montrent que les noms « urbains » réduisent les chances d'embauche (Washington Post). Elle savait ; je suis content.

Allison Kugel : The Story of O.J. de Jay-Z : brillant ou offensant ?

D.L. Hughley : Démonstratif, clair, satirique. Pas « brillant » (surutilisé), mais intéressant. Les stéréotypes naissent de réalités incarnées par certains.

Allison Kugel : Y a-t-il une raison à tout cela ?

D.L. Hughley : Je suis là pour clarifier ce que je vois. Les artistes reflètent la réalité. Je veux que tous les humains se regardent sans excuses.

Allison Kugel : Le pont manquant entre police et communauté noire ?

D.L. Hughley : La responsabilité mutuelle. Exiger des enfants plus que des policiers formés est absurde. Inviter Fuhrman avant moi l'était aussi.

Allison Kugel : De quoi a peur la police ?

D.L. Hughley : Je ne sais pas, mais je n'apprends pas le respect à mes enfants : la crainte. La police maintient les Noirs « à leur place ». Appelée pour un BBQ ou une sieste à Yale, c'est pour nous exclure. Même à Calabasas, après 17 ans, je suis l'« intrus ».

Allison Kugel : Interactions positives avec la police ?

D.L. Hughley : Oui, souvent ils travaillent pour moi (rires). 90 % négatif pour moi, l'inverse pour les Blancs.

Allison Kugel : Parler trop fort ne vous rend-il cible ?

D.L. Hughley : Je fais ce en quoi je crois. Mes enfants savent défendre leurs convictions.

Crédits photo : Art de couverture : William Morrow (HarperCollins) ; Portraits D.L. Hughley : Shannon McCollum.

How Not To Get Shot disponible dès le 26 juin 2018. Écoutez The D.L. Hughley Show en syndication nationale du lundi au vendredi, 15h-19h.

Allison Kugel est journaliste spécialisée divertissement/culture pop, auteure de Journaling Fame: A Memoir of a Fucked Up Recorded Life. Suivez-la sur Instagram @theallisonkugel et AllisonKugel.com.


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