Je n'ai pas grandi au cœur de la frénésie new-yorkaise, mais mon arrivée dans la ville en 1960 a marqué le vrai début de ma vie. Du bruit et de la saleté au glamour brut, tout exerçait un attrait irrésistible tandis que ma carrière décollait. Comme tous les amoureux de New York à cette époque le confirment avec une pointe de nostalgie, les changements ont balayé la ville comme le métro surélevé ou les cabines téléphoniques à un nickel, emportant ses trésors infinis. Parmi eux, j'évoque souvent avec émotion la chaîne de restaurants bon marché Horn & Hardart, universellement appelée « l'Automat ».
L'AUTOMAT ★★★★
(4/4 étoiles)
Réalisé par : Lisa Hurwitz
Durée : 79 minutes
Ce documentaire charmant, informatif et profondément nostalgique, produit et réalisé par Lisa Hurwitz et écrit avec verve par Michael Levine, célèbre la popularité intemporelle de cet Automat disparu mais toujours regretté. Son attrait évoque le parfum persistant d'un amour perdu. L'Automat a rejoint l'oubli de Lindy's, Childs, Rumpelmayer's, des sandwichs au poulet grillé de Schrafft's ou des Harvey Girls des gares transcontinentales. Plus qu'un lieu historique de New York, c'était une institution unique. Comme l'explique Mel Brooks en ouverture : « De petites fenêtres en verre laitonné s'ouvraient pour 10 cents, livrant une tarte au citron meringuée. L'Automat valait la Statue de la Liberté ! » Ce film chaleureux retrace son histoire : origines, essor et apogée comme pilier culturel de New York.
J'y allais souvent, car le dernier Automat se trouvait au rez-de-chaussée du Daily News sur Third Avenue et 42nd Street, où j'ai travaillé 13 ans comme critique. J'y entrais par les mêmes portes qu'avec Christopher Reeve et Margot Kidder pour un caméo dans Superman. Joseph Horn et Frank Hardart l'ont lancé à Philadelphie en 1902. Succès fulgurant à New York dans les années 1920 : 300 000 employés de bureau y trouvaient repas frais, sains et abordables dans un cadre sûr, sans pourboires. Architecture somptueuse – becs en forme de dauphins, marbre, hauts plafonds –, un seul Automat servait 2 400 tartes par jour d'une cuisine centrale exemplaire. Devise : « Pas de compromis sur la qualité ». Durant la Dépression, il prospéra ; en guerre, il nourrit les navires. En 1953 : 2 206 000 pâtés au bœuf, 10 652 000 desserts, 3 388 000 hamburgers, 4 886 000 livres de spaghetti pour 800 000 clients quotidiens. Ruth Bader Ginsburg y cachait ses devoirs pour la crème d'épinards, louant son accueil inclusif. Colin Powell raffolait des macaronis au fromage.
À mon arrivée, la concurrence pèse : pertes sur le café, hausses de prix d'un cent. Les nouvelles machines refusent les cents ; les clientes désertent. Surgelés, fast-foods, exode suburbain et sans-abri sonnent le glas. Starbucks et McDonald's triomphent. Dernière fermeture en 1991.
Ce film poignant explore l'impact social de l'Automat sur New York et notre monde. Mel Brooks conclut : « Marbre, laiton, parquets cirés, bavardages... Un style inimitable, impossible aujourd'hui. » Des nonnes aux mondaines comme Audrey Hepburn, en passant par des ados du Bronx : images hopperiennes d'une Amérique melting-pot. L'Automat appartenait au peuple, qui l'aime encore.
Les revues d'observateurs évaluent le cinéma nouveau et remarquable.
