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« Le Pacte » : un hommage captivant aux dernières années de Karen Blixen, icône littéraire

Par Rex Reed •

Du Danemark, Le Pacte offre un portrait austère et introspectif de la baronne Karen von Blixen à 63 ans. Ayant perdu sa ferme adorée en Afrique et son amant, l'aventurier Denys Finch Hatton, dans un accident d'avion, elle est immortalisée dans le film culte Out of Africa par Meryl Streep et Robert Redford. Ici, pas de glamour : la baronne, interprétée avec une beauté froide et ravagée par la syphilis par l'actrice danoise Birthe Neumann – royale, célèbre mais désespérément seule –, vit ses dernières années marquées par un amour non réciproque pour un jeune poète prometteur. Celui-ci lui offre de faux espoirs romantiques avant de la décevoir profondément en révélant son côté... conventionnel.


LE PACTE ★★★
(3/4 étoiles)
Réalisé par : Bille August
Avec : Birthe Neumann, Simon Bennebjerg
Durée : 1h40.


Réalisé par Bille August (Pelle le Conquérant), ce biopic cérébral et maîtrisé se déroule en 1948. Les Danois se relèvent de l'occupation nazie avec noblesse, tandis que la baronne connaît un succès mondial grâce à son autobiographie Out of Africa, signée du pseudonyme Isak Dinesen. Vénérée, installée dans son manoir somptueux de Rungstedlund, elle donne des dîners et interviews en public. Mais en privé, elle endure une syphilis paralysante et un empoisonnement au mercure dû à ses traitements. C'est dans cette existence isolée qu'entre Thorkild Bjørnvig (Simon Bennebjerg), poète talentueux de 30 ans son cadet. Sa vulnérabilité et son attirance pour les garçons séduisent la baronne, qui lui offre conseils, soutien financier et un havre inspirant à Rungstedlund. Idyllique en surface, la relation heurte un obstacle : Thorkild est marié. Peu tolérante envers son épouse bibliothécaire, la baronne impose un pacte de fidélité totale, financière et créative, en échange d'une confiance absolue. Une passion mutuelle naît, bien que la baronne peine à accepter sa distance émotionnelle.

Lors d'une chute causant une commotion cérébrale, elle l'invite à s'installer définitivement pour le choyer. Déchiré entre les privilèges de Rungstedlund et son amour familial, Thorkild subit le sarcasme mordant d'Isak Dinesen : « Une carence en boulettes de viande cause votre inefficacité... ou une soirée avec la médiocrité vous remonte-t-elle le moral ? » À sa défense du mariage, elle rétorque : « Femme ! Vous qui avez lu Nietzsche, Goethe, Rilke… Pouvez-vous citer la dernière fois que ce mot apparaît dans une œuvre d'art ? Un seul poème contenant femme ? »

Elle enrichit sa vie mais la bouleverse, l'envoyant à Bonn puis l'encourageant à une liaison. Tout finit mal. Elle lui enseigne la liberté artistique ; lui découvre la paix intérieure auprès de sa famille. Rompre le pacte est le moment le plus émouvant. Des années plus tard, Thorkild publie Le Pacte, mémoire de ces années, dont est adapté ce film. Pas pour tous les goûts – le scénario de Christian Torpe avance lentement –, mais une note fascinante sur Isak Dinesen et ses standards impossibles. Un hommage vibrant à une force littéraire unique.


Les revues d'observateurs sont des évaluations régulières du cinéma nouveau et remarquable. « Le Pacte » : un hommage captivant aux dernières années de Karen Blixen, icône littéraire
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