Le loup-garou est un pilier du cinéma d'horreur depuis le classique d'Universal The Wolf Man (1941), avec Lon Chaney Jr., qui a posé les bases du genre : malédiction tzigane, apparence et comportement bestial. Près de 80 ans plus tard, peu de films osent s'en éloigner. The Cursed, le dernier thriller d'horreur victorien de Sean Ellis, brise les conventions et propose une réinvention audacieuse.
L'histoire débute avec un collier de dents en argent (plus tard fondues en balles), à la fin du XIXe siècle, en pleine pandémie. Un propriétaire terrien massacre un campement rom réclamant ses terres ; la dernière victime maudit les lieux. Bientôt, les enfants du village font des cauchemars de dentition, l'un d'eux est mordu, et des attaques de bêtes monstrueuses terrorisent la région.
Ellis subvertit dès le départ les tropes classiques. Ces dents d'argent, liées aux 30 pièces de Judas, déclenchent la malédiction et en sont la clé. Inspiré par la Bête du Gévaudan (XVIIIe siècle, France) et la bataille de la Somme, le film mêle fiction et faits historiques, comme l'explique Ellis dans une interview à Observer après Sundance 2021.
Comme les grands films d'horreur, la créature reste cachée longtemps, teasée juste assez pour différer du loup bipède poilu de Lon Chaney ou du monstre oscarisé de Rick Baker dans Un loup-garou américain à Londres. "Pas de fourrure, pas de bipédie : un croisement loup-requin à quatre pattes", précise Ellis.
Le résultat est une bête alien, lupine mais inédite, mêlant effets pratiques et CG ajoutés en post-production. Trois marionnettes étaient prévues, mais affinées numériquement pour éviter l'effet "poulet".
The Cursed innove aussi : le propriétaire n'est pas transformé, mais sa famille paie ses fautes. Thème central : la dépendance, qui emprisonne comme une malédiction irréversible. Les loups restent bêtes, sans retour humain.
La scène culte ? L'autopsie par le pathologiste Van Helsing-like (Boyd Holbrook) : un corps humain émerge des entrailles bestiales, effet 100 % pratique, acclamé à Sundance. Vignes envahissantes évoquent une transformation inversée, comme dans Alien, symbolisant l'addiction dévorante.
En liant argent biblique et lycanthropie, The Cursed crée une mythologie fraîche, malgré des clichés roms. Transformations inventives, impacts familiaux et communautaires : une nouvelle lune hurle pour le genre.
[]