
Vingt-neuf ans après son premier album, Lenny Kravitz continue de prôner l'amour tout en dénonçant les conflits sociaux persistants. Ce musicien lauréat de multiples Grammy Awards dévoile Raise Vibration, son onzième album studio, prévu pour le 7 septembre. Le premier single, Ça suffit!, est un appel vibrant contre la cupidité des entreprises, la corruption politique et le racisme. Avec le suivant, Low, il explore les dangers de sa sensualité légendaire, évoquant ses relations passées. Pour Kravitz, raconter des histoires prime sur les tendances pop éphémères. Il les narre par son écriture, sa voix et les instruments qu'il maîtrise depuis des années.
Musicalement, Raise Vibration fusionne son rock-funk signature avec des hommages au R&B vintage et des refrains pop accrocheurs. Cette musique immersive crée un groove hypnotique qui transcende les genres.
Lenny Kravitz incarne ses expériences : de l'industrie musicale qui bride l'individualité à un monde qui le catégorise par race et origine. Ces souvenirs imprègnent son art. Notre entretien, intime et profond, a abordé spiritualité, identité raciale, famille et rituels créatifs. Nous avons partagé nos vues sur racisme, injustice sociétale, chemin spirituel, famille et musique.
Allison Kugel : Vous avez dit être né pour la musique. Quel est votre premier souvenir où vous avez su que ce serait votre voie ?
Lenny Kravitz : Le déclic fut le concert des Jackson 5 au Madison Square Garden, à six ans, en première année. J'adorais déjà leur disque, mais live, ce fut une révélation. Je savais que c'était ma destinée.
Allison Kugel : Qu'est-ce qui vous a tant marqué chez les Jackson 5 ?
Lenny Kravitz : D'abord, la musique exceptionnelle. Pas du bubblegum simpliste, mais sophistiquée, avec les meilleurs musiciens et producteurs. Michael était un chanteur inégalé. La performance vocale, l'émotion, la mise en scène étaient parfaites. Et ils me ressemblaient : cheveux, apparence... Tout collait.
Allison Kugel : C'est fascinant. Mon fils, mi-juif mi-jamaïcain, gravite vers ceux qui lui ressemblent à la TV ou en musique.
Lenny Kravitz : Oui ! J'ai le même mélange : juif et bahamien.
Allison Kugel : Où et quand vous sentez-vous le plus créatif musicalement ?
Lenny Kravitz : N'importe où en studio, mais idéalement aux Bahamas, mon atelier. Avec instruments et équipement, c'est magique. Inspiré, je passe de l'un à l'autre comme un peintre.
Allison Kugel : Vous êtes un musicien complet : chant, instruments, composition, production. Enregistrez-vous tout seul ?
Lenny Kravitz : Oui, je commence par la batterie, puis guitares, basse, claviers, percussions... Je superpose jusqu'à l'image complète.
Allison Kugel : Raise Vibration et son single Ça suffit! dénoncent corruption politique et injustices raciales. Était-ce une thérapie, transformant désespoir en action, comme mon article post-Parkland ?
Lenny Kravitz : Je réagis au monde. J'ai enregistré Ça suffit! deux fois : d'abord punk-rock colérique, puis groove calme et centré, plus impactant pour les paroles.
Allison Kugel : Cela infuse une énergie positive plutôt que de la colère.
Lenny Kravitz : Exactement. Je dénonce les faits avec optimisme : « Réveillons-nous, on peut y arriver ! »
Allison Kugel : Que signifie Raise Vibration pour vous ? Méditez-vous, priez-vous ?
Lenny Kravitz : Se réveiller spirituellement. Méditation, prière, silence, écoute, apprentissage de ses défauts, élévation, lâcher-prise sur l'ego.
Allison Kugel : Comment définissez-vous Dieu ?
Lenny Kravitz : Notre Créateur commun, source d'amour ultime. Nous sommes tous connectés.
Allison Kugel : Vous considérez-vous militant ?
Lenny Kravitz : Ma musique exprime mes vérités ; si elle inspire, tant mieux. Mais oui, je m'engage plus.
Allison Kugel : Ça suffit! montre votre franchise sur les enjeux sociétaux.
Lenny Kravitz : Depuis Let Love Rule, je m'exprime toujours sincèrement.
Allison Kugel : Quand j'entre dans une pièce, je sens Dieu et mes ancêtres à mes côtés. Et vous ?
Lenny Kravitz : Dieu est toujours là, plus l'énergie de ma mère (Roxie Roker), grand-mère, grand-père et ma fille Zoë. L'esprit transcende le physique ; je sens encore maman après vingt ans.
Allison Kugel : Votre musique transcende les genres. Vous évoquiez dans Oprah's Master Class ne pas savoir cocher « race » à l'école. Thème récurrent : refus des cases.
Lenny Kravitz : Les gens adorent les boîtes pour simplifier ! Radio, industrie... Mais l'art n'est pas ça. À l'école, j'étais noir, juif russe, Cherokee... Maman m'a appris : « La société te verra noir seulement. »
Allison Kugel : Vous sentiez-vous diminué à sept ans ?
Lenny Kravitz : Pas sur le moment, mais plus tard, j'ai compris les préjugés.
Allison Kugel : Discussion ardue avec un enfant.
Lenny Kravitz : Les enfants actuels gèrent mieux la race.
Allison Kugel : Mon fils demande : « Noir, c'est quoi ? » C'est politique.
Lenny Kravitz : Faut expliquer les jugements myopes et l'histoire raciste.
Allison Kugel : Comment Zoë vous décrit-elle comme homme et artiste ?
Lenny Kravitz : Nous sommes très proches. Respect, intégrité, amour. Elle admire le métier.
Allison Kugel : Le jour de sortie de Raise Vibration (7 septembre), quel sentiment ?
Lenny Kravitz : Soulagement, excitation. Succès ? Authenticité et représentation fidèle de moi.
Crédits photos : Mathieu Bitton
3X Platine L'album GREATEST HITS de Lenny Kravitz est disponible en vinyle 2 LP via Virgin/UMe sur uDiscoverMusic. Raise Vibration sort le 7 septembre via BMG. Précommande sur LennyKravitz.com. It's Enough! en streaming sur iTunes.
Allison Kugel est journaliste divertissement/culture pop, auteure de Journaling Fame : Un mémoire d'une vie déséquilibrée et enregistrée. Suivez-la sur Instagram @theallisonkugel et www.AllisonKugel.com.