FRFAM.COM >> Divertissement >> Célébrités

Geena Davis se confie : Oscars, Thelma & Louise et le combat contre les stéréotypes sexistes

L’actrice oscarisée Geena Davis a consacré des décennies à briser les barrières pour les femmes, grâce à des rôles à l’écran percutants qui ont transcendé le divertissement pour inspirer des changements culturels profonds dans la perception des femmes, tant dans l’art que dans la vie réelle.

Geena Davis a fait ses débuts au cinéma aux côtés de Dustin Hoffman dans la comédie culte Tootsie (1982), avant de briller dans des films emblématiques comme The Fly, Beetlejuice, The Accidental Tourist, Thelma & Louise, Hero, The Long Kiss Goodnight, Stuart Little et Une ligue à part.

De la dresseuse excentrique Muriel Pritchett dans The Accidental Tourist de Lawrence Kasdan – rôle qui lui vaut l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle – à sa performance nominée aux Oscars et aux Golden Globes en tant que Thelma dans Thelma & Louise de Ridley Scott aux côtés de Susan Sarandon, en passant par le casting de Une ligue à part de Penny Marshall face à Tom Hanks, Geena Davis a incarné des personnages qui affirment leur propre récit et redéfinissent la féminité. Ses rôles capturent avec brio la condition humaine, restant intemporels bien après leur sortie.

En 2019, elle reçoit un second trophée des Oscars : le prix humanitaire Jean Hersholt, pour son engagement de longue date en faveur de la parité des sexes à l’écran, au cinéma comme à la télévision.

En avance sur son temps, elle remporte en 2006 le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série dramatique pour son rôle de première femme présidente des États-Unis dans la série ABC Commandant en chef.

Geena Davis incarne la femme intrépide et accomplie. Pourtant, en conversation, elle révèle une personnalité douce et centrée, qui captive par sa sagesse discrète. Athlète de haut niveau (anciennement 13e archère nationale) et membre de Mensa, elle est aujourd’hui autant reconnue pour son plaidoyer en faveur des femmes et des filles que pour sa carrière d’actrice. Elle est fondatrice et présidente du Geena Davis Institute on Gender in Media, qui incite les créateurs de contenus à augmenter la présence de personnages féminins et à réduire les stéréotypes sexistes dans les médias destinés aux enfants de 11 ans et moins.

Allison Kugel : Quels sont les trois événements majeurs de votre vie qui ont forgé la personne que vous êtes aujourd’hui ?

Geena Davis : Le premier, ce sont mes parents. Ils étaient formidables, mais surtout mon père m’encourageait subtilement. À chaque tâche – réparer la voiture, poser des bardeaux sur le toit –, il m’emmenait naturellement avec lui. J’ai grandi en pensant qu’aucune activité ne m’était interdite, me sentant capable de tout. Un autre événement clé : travailler avec Susan Sarandon. Elle a eu un impact immense, car à 33 ans, je n’avais jamais côtoyé une femme aussi affirmée. Elle ne se justifiait jamais en disant « C’est peut-être une idée stupide, mais… ». Vivre trois mois à ses côtés a été révélateur. Et évidemment, devenir mère a transformé ma vie.

Allison Kugel : Vraiment ? Intéressant…

Geena Davis : Oui. Elle affirmait simplement : « C’est ce que je pense. » Cela a été incroyable. Et la maternité, bien sûr, figure en troisième position.

Allison Kugel : Concernant Susan Sarandon sur le tournage de Thelma & Louise, comment était-elle perçue par les co-stars masculins, les producteurs, les scénaristes et Ridley Scott ?

Geena Davis : Tout à fait normal, ce qui m’a éblouie. Élevée dans une politesse extrême, je n’osais pas demander. Elle, si : « Coupons cette ligne » ou « Faisons comme ça ». Personne ne bronchait, car elle n’était pas agressive, juste directe.

Allison Kugel : J’adore ça. Ton père ne t’imposait aucune limite. As-tu des frères ?

Geena Davis : Oui, un frère aîné qui participait aussi, mais mon père m’incluait naturellement, sans distinction.

Allison Kugel : Pour la maternité, as-tu ressenti une renaissance instantanée ou un changement progressif ?

Geena Davis : Pas une renaissance, mais un bouleversement total. Avec ma fille en premier, j’ai commencé à voir le monde à travers ses yeux. Magique.

Allison Kugel : Parlons de ton Oscar pour Le Touriste accidentel. Pensais-tu que c’était ton ticket pour l’égalité dans l’industrie ?

Geena Davis : Non, je n’y voyais pas un « ticket magique ». Mais le sentiment d’accomplissement était immense : « C’est coché sur la liste ! »

Allison Kugel : Philosophiquement, es-tu du voyage ou de la destination ?

Geena Davis : Le voyage. Je savoure chaque étape. Après l’Oscar, deux réalisateurs m’ont sous-estimée, craignant une diva. Ils voulaient s’assurer que je « connaissais ma place » – un biais peut-être lié au genre.

Allison Kugel : Un acteur masculin n’aurait pas eu à prouver sa modestie.

Geena Davis : Exact, peut-être un préjugé inconscient envers les femmes.

Allison Kugel : Qu’a rendu Thelma & Louise si iconique pour toi, actrice et femme ?

Geena Davis : J’ai lu le scénario après casting, adoré, et auditionné un an. Quand Ridley Scott a réalisé, il m’a choisie. Persévérance payante !

Allison Kugel : Sur les couples à l’écran, que penses-tu d’une actrice plus âgée face à un homme plus jeune ?

Geena Davis : Dans Thelma & Louise, Brad Pitt était parfait, juste 7 ans de moins. Cool, sans calcul. Mais souvent, les hommes veulent des co-stars jeunes pour paraître tels.

Allison Kugel : Qu’a inspiré ton Institut ?

Geena Davis : Thelma & Louise m’a ouvert les yeux, puis regarder des dessins animés avec ma fille : déséquilibre flagrant garçons/filles. J’ai collecté des données pour contrer les biais inconscients chez les créateurs.

Allison Kugel : Après Thelma & Louise, as-tu cru à une vague de films féminins ?

Geena Davis : Oui, la presse clamait « Ça change tout ! ». Puis Une ligue à part, même refrain. Mais rien. Des films isolés tous les 4 ans, sans suite durable. Pourtant, nos études montrent que les films à lead féminin rapportent plus !

Allison Kugel : Comment diffuses-tu tes données ?

Geena Davis : Réunions privées avec studios. Choc initial, puis changement. Pour enfants, on est à 50/50 personnages principaux – victoire !

Allison Kugel : Éduques-tu ta fille différemment ?

Geena Davis : Elle est naturellement confiante. Je discute médias avec elle et mes fils : « Pourquoi si peu de filles ? » Ils analysent seuls maintenant.

Allison Kugel : Impact des médias ?

Geena Davis : Énorme. Dana Scully (X-Files) inspire 58 % des femmes en STEM. Brave et Hunger Games ont doublé les inscriptions au tir à l’arc des filles.

Allison Kugel : L’étude « Women Over 50 » ?

Geena Davis : Femmes >50 ans : 5 % des rôles. On partage données pour plus d’emplois et visibilité.

En savoir plus sur le Geena Davis Institute on Gender in Media et participer sur seejane.org. Suivez sur Instagram @geenadavisorg.

Écoutez l’interview complète de Geena Davis sur le podcast Entretiens avec Allison sur Apple Podcasts ou Spotify. Suivez Allison Kugel sur Instagram @theallisonkugel et allisoninterviews.com.

Photo : Phil Poynter

[]