Ces dernières années, les entreprises technologiques excellent dans la création d'« avantages » pour les employés, qui masquent en réalité des stratégies insidieuses pour maximiser la productivité à moindre coût. Les « congés illimités » découragent les véritables pauses, tandis qu'un programme de bien-être peut justifier l'exclusion de la couverture santé. La série Indemnité, créée par Dan Erickson, réalisée par Ben Stiller et diffusée sur Apple TV+, imagine l'ultime leurre : une séparation totale entre vie professionnelle et personnelle, menant à un enfer de labeur perpétuel.
Mark Scout (Adam Scott, vu dans Parcs et Loisirs) est employé de bureau chez Lumon, géant technologique aux ambitions tentaculaires. Comme ses collègues, il a subi une chirurgie cérébrale appelée « séparation », divisant sa conscience en deux entités distinctes : l'une pour le travail (« innie »), l'autre pour la vie extérieure (« outie »). Chaque matin, l'« outie » descend en ascenseur au bureau ; le soir, il remonte sans souvenir des heures écoulées. L'« innie » n'existe qu'au sein des couloirs stériles et labyrinthiques de Lumon.
Cette idée séduisante – s'évaporer pendant les heures de travail – se révèle monstrueuse. La nouvelle recrue Helly (Britt Lower, High Maintenance) l'apprend vite : les « innies » sont prisonniers, sans contrôle sur leur existence. Ils ne peuvent démissionner seuls, ignorent le monde extérieur et equated la sortie définitive à la mort.
Indemnité est un thriller au ton précaire, oscillant entre horreur, comédie et satire acerbe de la culture d'entreprise. Les rires naissent de l'ignorance des « innies » ou de l'absurdité sectaire de Lumon, exagérant à peine la réalité. Mais domine une terreur familière : celle d'un emploi aliénant sans issue. Pour les « innies », le verdict est clair : « Oui, c'est tout ce qu'il y a. » Leur tâche, simpliste au possible, devient une éternité sans retour.
Les deux premiers épisodes, « Good News About Hell » et « Half Loop », alternent bureau et monde réel. Le premier pose les bases et explore les motivations de Mark : son « innie » est résigné, son « outie » veuf et déprimé, trouvant refuge dans l'oubli diurne. Adam Scott excelle à différencier ces deux facettes, enrichissant le dilemme moral.
Au bureau, l'équipe de « Macrodata Refinement » : Irving (John Turturro), vétéran attaché aux règles ; Dylan (Zach Cherry, You), obsédé par les maigres récompenses ; Helly, rebelle en quête d'évasion. Leur supérieure, Mme Cobel (Patricia Arquette, Moyenne), plane dans l'ombre, secondée par le manager Mr. Milchick (Tramell Tillman, Godfather of Harlem), incarnation passive-agressive de la loyauté corporate. Également introduits : la thérapeute Mme Casey (Dichen Lachman, Altered Carbon) et Burt (Christopher Walken).
Si le bureau souterrain captive par son style unique, le monde « outie » installe un mystère via Petey (Yul Vazquez, Russian Doll), ex-« innie » réintégré. Espérons qu'il gagne en intensité.
Indemnité n'invente pas la roue – échos à Paycheck de Philip K. Dick, Loki, Black Mirror ou Sorry to Bother You – mais excelle en science-fiction sociale stimulante. Une recommandation forte pour cette plongée intrigante.
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