Si vous interrogez un réalisateur ayant collaboré avec la légendaire Pam Grier, il vous confirmera que sa présence sur un plateau transforme tout. Elle sait précisément ce qu'elle veut et ce qu'elle apporte. Il suffit de s'effacer et d'admirer cette force de la nature qu'est Pam.
Pendant notre entretien, Pam a clairement exprimé son refus de s'accrocher à l'image de super-héroïne noire aux proportions parfaites de son passé. Cette période iconique sera magnifiquement documentée dans un biopic basé sur son autobiographie Foxy (Grand Central Publishing), actuellement en pré-production.
Aujourd'hui, Pam privilégie des rôles de femmes matures, épanouies et authentiques, loin des artifices du glamour. Même au naturel, elle irradie une sensualité magnétique qui attire les hommes de tous âges. Dans sa première sitcom réseau, Bless This Mess (ABC, 21h30/20h30c), elle incarne Constance, la réparatrice locale et la plus grande commère de cette petite ville du Nebraska. Elle apporte une touche d'humour et de brillance aux personnages citadins transplantés de Dax Shepard et Lake Bell, Mike et Rio. On suit leurs maladresses face à la vie rurale à travers le regard amusé de Grier, tandis que le personnage de Ed Begley Jr., Rudy, la courtise avec persévérance. 
Pam Grier sera aussi à l'affiche au cinéma aux côtés de Diane Keaton et Rhea Perlman dans Poms (sortie le 10 mai), une comédie sur des retraitées qui retrouvent leur énergie en formant une équipe de pom-pom girls.
Allison Kugel : Parlons de votre nouvelle série Bless This Mess. Est-ce votre première sitcom en réseau ?
Pam Grier : Oui, je crois bien. Il y en a eu une courte avec Michael J. Fox, mais c'est la première qui me permet de collaborer avec des talents comme Elizabeth Meriwether et Lake Bell. Je leur ai dit : « Ici, en tant que femmes de la campagne, on enlève notre Spanx. » J'ai retiré le mien et fait quelques corvées avant l'audition. J'étais couverte de poussière, je sentais la grange et le carburant John Deere. J'ai incarné le rôle, ça a aidé ! (rires)
Allison Kugel : Peu de gens le savent, mais vous êtes une vraie fille de la campagne. C'est votre mode de vie hors tournage.
Pam Grier : Mon éducation allie militaire, rural et urbain – le meilleur des mondes. J'ai tiré des leçons de chaque facette et je vois le monde à travers les femmes qui ont eu une chance d'égalité. Mon grand-père, du Wyoming, père de ma mère, fut mon premier féministe. Sa mère gérait une ferme de betteraves sucrières. Mère célibataire, elle tenait aussi un hôtel pour Afro-Américains, Amérindiens et autres personnes de couleur. Il admirait ces femmes indépendantes et a appris à toutes ses petites-filles l'autonomie.
Allison Kugel : Quelles leçons clés vous a-t-il transmises ?
Pam Grier : Chasse, pêche, tir, conduite de tracteur, manœuvre de bateau, changement de pneus et de bougies... Tout pour survivre sans dépendre des autres. Ça m'a préparée pour le cinéma depuis les années 70. Entre deux jobs, comment entretenir maison, famille, animaux ? J'apporte cette énergie à Constance, qui cumule les casquettes.
Allison Kugel : Vous n'êtes pas réputée pour la comédie. Pensaient-ils que vous pouviez être drôle ?
Pam Grier : Oui, mais Lake avait peur des vaches. Je lui ai dit : « Elles ne te feront rien, sauf si tu arrives avec couteau et fourchette ! (rires) » Je racontais mes aventures avec pumas ou poulaillers. Pas de balades nocturnes sans lumière : c'est du Jurassic Park pour de vrai. Mais ils voulaient surtout l'inclusion, thème central. Constance est shérif, proprio du parc, quincaillerie, directrice de théâtre, chanteuse, commère, arbitre... et tracte les voitures du fossé.
Allison Kugel : Comment Bless This Mess traite l'inclusion sans stéréotyper l'Amérique rurale ?
Pam Grier : Sans scénario, j'ai supplié Lake : « Ne moquez pas le cœur du pays. Les gens y viennent pour trouver leur cœur. L'agriculteur est le héros du jour. » Membre du Farmland Trust, je plaide pour l'agriculture bio. Au Canada, c'est réussi ; aux USA, subventions et infos sont verrouillées.
Allison Kugel : Ed Begley Jr. est votre amoureux à l'écran. Quelle alchimie ?
Pam Grier : Il chante, danse... un as ! Sa femme Rachelle et lui m'ont invitée dès la première semaine. Ed cuisine divinement. On est comme cul et chemise. Gentils, ils finissent les phrases l'un de l'autre. Assise à ses pieds comme face à Yoda, on discute agriculture, sol, nutriments...
Allison Kugel : Votre carrière a pivoté : excentrique rurale dans Bless This Mess, moquerie du vieillissement dans Poms. Icône du sex-appeal, comment gérez-vous les âges de la vie ?
Pam Grier : J'ai toujours contrôlé mon image pour des raisons politiques, religieuses, spirituelles, et j'embrasse le vieillissement. Avec De Niro pour Raging Bull, je voulais prendre du poids pour des rôles. La société réagit différemment au corps des femmes. J'aime ces dynamiques : taille 12 vs 4.
Allison Kugel : Pourquoi renoncer à l'attractivité qui ouvre des portes ?
Pam Grier : Pour Frankie et Johnny, j'ai pris du poids comme Kathy Bates, sublime. De Niro m'avertit : « Tu perdras ton sex-appeal. » J'ai répondu : « Je contrôle. » J'ai gagné 18 kg, et ça change tout. Peau claire, cheveux soignés : les portes s'ouvrent toujours.
Allison Kugel : À l'aise quel que soit votre poids ?
Pam Grier : Absolument. Pour Spike Lee, il s'inquiétait : « Tu es plus lourde, malade ? » C'était pour la pièce. Je refuse l'exotisme mince si ça masque mon travail.
Allison Kugel : Surprenante perspective. Les gens vous connaissaient-ils vraiment à votre apogée ?
Pam Grier : Les pubs façonnent les filtres. Sans poids, pas ce rôle. Beaucoup craignent la perte de jobs. Je ne juge pas la beauté par le poids. Les « plus gros » brillent de sagesse. Et ces quarantenaires qui me courtisent...
Allison Kugel : Ce matin, on m'a dit : « Dis-lui que je l'adore ! » J'ai répondu : « Prends un numéro ! »
Pam Grier : (rires) Autrefois, les femmes zaftig étaient désirées. Les hommes respectent celles qui agissent. Ils s'étonnaient de me voir réparer pneus ou pousser fumier !
Allison Kugel : Dans les relations, êtes-vous indépendante à 100 % ?
Pam Grier : Non, partenaire. J'écoute, recherche, mais partagez si vous savez plus. En urgence, je gère. Extincteurs partout contre les incendies climatiques.
Allison Kugel : Ils vous auraient utile en Californie !
Pam Grier : Gicleurs dehors, mouillez tout. Responsable de mes animaux et forêts, Bless This Mess parle respect des ressources.
Allison Kugel : Responsabilité envers la terre et autrui.
Pam Grier : La peur cède le pouvoir. Au Colorado, voisins découvrent que je suis « comme eux », pas un cliché. Ça change tout.
Allison Kugel : 50 ans de carrière ?
Pam Grier : Plus ! Plus vieille que toi ! (rires)
Allison Kugel : Comment voulez-vous être étudiée ?
Pam Grier : Déjà en thèses. Sans soutiens-gorge sport pour cascades, c'était dur. Souvenez-vous de moi réelle, pas parfaite.
Allison Kugel : Première Afro-Américaine en action. Où sont vos successeurs ?
Pam Grier : Blessées comme moi. Gymnaste, skieuse... Peu aiment le physique extrême. Charlize Theron ou Rachel Weisz s'y essaient, mais hésitent.
Allison Kugel : Rôles refusés ?
Pam Grier : Violée à 6, 18 ans et une troisième fois combattue. Impossible de revivre ça à l'écran. Actrices pour mon biopic hésiteront pareil. Privé.
Allison Kugel : Le public adore votre Constance.
Pam Grier : Je partage rural, militaire, pragmatique, sexy. Merci Lake Bell, Elizabeth Meriwether, ABC... J'arrive puant la ferme à l'audition !
Allison Kugel : La vraie Pam : sleeves retroussées !
Pam Grier : 50 ans de sérieux. Grande (1,75 m), pas Tina Turner (1,55 m). Taille limite les romances.
Allison Kugel : Vous avez dirigé l'interview ! Merci pour ces leçons.
Pam Grier : J'aime partager. Doctorat en humanités (Maryland), honorary en agriculture (Langston).
Regardez 'Bless This Mess' (Lake Bell, Dax Shepard, Pam Grier, Ed Begley Jr.) sur ABC, mardis 21h30. 'Poms' (Diane Keaton, Rhea Perlman) en salles 10 mai. Twitter @PamGrier.
Allison Kugel, chroniqueuse, auteure de Journaling Fame (Amazon), Média à grande échelle. Instagram @theallisonkugel, AllisonKugel.com.
CRÉDITS PHOTOS : BLESS THIS MESS – ABC/John Fleenor © 2018-2019 Twentieth Century Fox Film Corporation. Tous droits réservés.
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