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Mario Van Peebles : « Je n'arrêterai jamais de réaliser des films qui comptent »

Né dans la lignée révolutionnaire du cinéaste activiste Melvin Van Peebles, Mario Van Peebles semble prédestiné à créer des films qui éveillent les consciences sociales et poussent à interroger des questions inattendues. Acteur, réalisateur et scénariste accompli, sa première apparition à l'écran fut celle d'une version jeune du personnage de son père, Sweetback, dans le film emblématique de 1971 Sweet Sweetback's Baadasssss Song. Ce pionnier du cinéma afro-américain des années 1970 a jeté les bases de la carrière de Mario, qui perpétue cet héritage en produisant des œuvres qui défient les normes sociales et sortent le public de sa zone de confort. Mario Van Peebles : « Je n arrêterai jamais de réaliser des films qui comptent »

Un thème récurrent dans l'œuvre de Mario Van Peebles est l'affirmation du droit universel à une reconnaissance pleine et entière en tant qu'être humain. Plus provocateur encore : comment réagissons-nous quand ce droit est bafoué ? Souvent qualifié d'iconoclaste pour ses attaques contre les institutions sociales parfois destructrices, il reste attachant auprès de ses fans. Le secret ? Ses personnages complexes, qu'il écrit, réalise et incarne parfois, invitant à explorer les zones grises de l'existence tout en divertissant.

Cinéaste passionné par la culture américaine dans toute sa complexité, Mario Van Peebles déclare : « L'Amérique est un 'melting-pot'. Réunir des immigrants du monde entier avec leurs croyances diverses génère conflits et étincelles, mais aussi une richesse culturelle qui produit musique et art exceptionnels. »

Dans son dernier film indépendant Armed, qu'il a écrit, réalisé et dans lequel il joue, Mario incarne un ancien marshal américain traumatisé par un raid sous couverture qui a mal tourné. Atteint de TSPT et de troubles mentaux, avec une perception déformée de la réalité, il tente de retrouver gloire et reconnaissance en tant que civil. Armed explore les complexités humaines et questionne le slogan « un bon gars avec une arme arrête un méchant avec une arme ». Son personnage, Chief, ancien « bon gars » toujours armé, lutte contre la maladie mentale : une combinaison explosive. Les questions posées sont brûlantes, les réponses nuancées, rendant le film captivant.

Allison Kugel : Votre personnage Chief dit à la fin d'Armed : « Nous naissons tous en quête d'amour, mais parfois nous nous contentons d'attention. » Cette phrase résonne avec l'obsession des réseaux sociaux. Qu'en pensez-vous ?

Mario Van Peebles : C'est une question d'ego et de besoin de reconnaissance. L'ego déteste l'invisibilité. En tant qu'animaux sociaux, nous avons besoin d'une place dans la meute pour survivre. Un requin n'a pas ce souci, il mange, point ! Mais un loup doit savoir s'il est alpha ou bêta. Si un enfant n'est pas le meilleur élève, il optera pour le rôle de clown ou de perturbateur. L'amour est idéal, mais l'attention suffit souvent. Les réseaux sociaux amplifient cela avec des vies mises en scène, comme le dit Drake : « Je connais une fille mariée heureuse... jusqu'à ce qu'elle pose son téléphone. »

Allison Kugel : Comment cela se relie-t-il aux fusillades de masse ?

Mario Van Peebles : Les auteurs sont souvent des solitaires en quête d'importance. Notre évolution sociale est rapide : empilés en ville, nous nous sentons seuls malgré la foule. Nos corps sont adaptés aux tribus de 50-100 personnes, pas aux mégalopoles anonymes.

Allison Kugel : Votre slogan « Make America Think Again » répond à « Make America Great Again ». D'où vient-il ?

Mario Van Peebles : Je fais des films pour faire réfléchir avant même Trump. Trois amours guident ma vie : aimer son métier, ses collaborateurs et son message. Armed montre que nous avons tous du bon et du mauvais ; la réalité humaine est nuancée. « Make America Think Again » invite à penser au-delà des simplifications.

Allison Kugel : Les humains sont complexes. Je ne suis pas faite pour détenir une arme, trop passionnée et émotive.

Mario Van Peebles : C'est rare d'entendre ça. Votre conscience émotionnelle est admirable, facilitée par un système qui vous avantage.

Allison Kugel : Il faut du luxe pour s'auto-analyser...

Mario Van Peebles : Exact, pas de survie au jour le jour.

Allison Kugel : Financer son film est risqué. Votre note d'intention dit : « Celui qui a l'or fait la règle ; celui qui utilise son or est un Van Peebles ! » Impact social ou business ?

Mario Van Peebles : Les deux. Mon fils Mandela a investi ses gains de Roots. Risque calculé pour l'éducation et les voyages. Armed n'est pas centré sur la race, avec un casting multiracial.

Allison Kugel : Vos films influencent plus la société que la race.

Mario Van Peebles : Baadasssss ! (sur mon père) vs Soul Plane : autonomisation vs stéréotypes. Indépendant pour un vrai impact.

Allison Kugel : Cela demande du courage.

Mario Van Peebles : On le trouve partout si on reste ouvert.

Allison Kugel : Souvenirs de New Jack City (1991), rentable et engagé.

Mario Van Peebles : Même dans Jaws: The Revenge, j'enrichis. Le plaisir est dans la nuance.

Allison Kugel : Armed risque la polarisation politique ?

Mario Van Peebles : Les convaincus le restent. Un bon film divertit et enseigne par l'expérience, comme New Jack City contre la drogue.

Allison Kugel : Votre mission sur Terre ?

Mario Van Peebles : Apprendre et enseigner l'ouverture. Restez gentil : avec la planète, soi-même, les autres. C'est l'essentiel.

Crédits photo : Mario Van Peebles, GVN Releasing, MVP

Armed, écrit, réalisé et joué par Mario Van Peebles, est disponible en salles, VOD et plateformes numériques.

Allison Kugel est chroniqueuse syndiquée et auteure de Journaling Fame: A Memoir of a Fame-Filled, Unbalanced Life. Suivez-la sur Instagram @theallisonkugel et AllisonKugel.com.

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